Prendre une pause pour lire cet article, c’est déjà un premier pas. Pourtant, cette pause peut s’accompagner d’une pointe de culpabilité. Vous avez probablement une liste de tâches qui s’allonge, des messages en attente, et cette impression tenace de ne jamais être à jour. Si cela vous parle, vous êtes sans doute dans cette course permanente qui caractérise tant de vies modernes. L’idée de ralentir, pourtant, n’a jamais été aussi pertinente qu’en 2026.
Selon des études du Pew Research Center, 52 % des Américains déclarent faire souvent plusieurs choses à la fois, et 60 % ont parfois le sentiment d’avoir trop à faire pour profiter de la vie. Chez les parents d’enfants de moins de 18 ans, ce chiffre grimpe à 74 %. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes : la surcharge mentale et physique est devenue un problème de santé publique. Pourtant, la solution semble simple : en faire moins. Mais alors, pourquoi est-ce si difficile à appliquer ?
Pourquoi nous nous surchargeons malgré nous
Notre emploi du temps surchargé est souvent lié aux autres : le patron, les enfants, les obligations sociales. Mais les recherches montrent que les vraies raisons sont parfois plus intimes. Une des explications tient dans notre peur panique de l’ennui. Lorsque nous n’avons rien à faire, notre cerveau active son « mode par défaut », une zone qui nous pousse à ruminer des pensées négatives. Pour éviter cet état inconfortable, nous nous inventons des occupations, même inutiles. Scroller sur les réseaux sociaux, répondre à des courriels sans urgence, accepter des réunions qui pourraient attendre : tout est bon pour combler le vide.
Cette stratégie d’évitement a un coût. Une étude menée par des chercheurs de l’université de Pennsylvanie et de UCLA en 2021 a calculé que le bien-être optimal correspond à environ deux heures de temps libre par jour. Moins que cela, le stress monte. Beaucoup plus ? Le sentiment d’inutilité s’installe. L’équilibre est donc subtil. Par ailleurs, avoir un agenda chargé confère un statut social. En 2017, des expériences ont montré que les personnes qui affichent des journées remplies sur les réseaux sociaux sont perçues comme plus prestigieuses. Nous courons donc aussi pour paraître.
Mais cette course a des conséquences bien réelles. L’Organisation mondiale de la santé et l’Organisation internationale du travail estimaient en 2016 que 398 000 personnes sont décédées d’un AVC et 347 000 d’une maladie cardiaque à cause de semaines de plus de 55 heures. Ralentir n’est pas un luxe, c’est une nécessité pour la santé mentale et physique. L’exemple d’Arthur C. Brooks, ancien dirigeant d’un think tank conservateur devenu chroniqueur du bonheur à The Atlantic, illustre cette prise de conscience. Il raconte comment il a dû réapprendre à ne rien faire, et à quel point cela a transformé sa vie.
Les signes qui montrent que vous êtes en surmenage
Comment savoir si vous êtes concerné par le surmenage ? Certains signes ne trompent pas. Vous les reconnaîtrez peut-être :
- 📋 Vous comblez chaque moment libre : si une réunion est annulée, vous caserez immédiatement des appels ou des courriels.
- 😰 Vous ressentez une culpabilité dès que vous vous asseyez, sans rien faire.
- 🔄 Vous faites souvent plusieurs choses à la fois, mais rien de manière satisfaisante.
- 😴 Vous êtes fatigué le matin au réveil, avec une sensation de charge mentale permanente.
- 🚨 Vous avez des symptômes physiques : maux de tête, tension dans la nuque, ou troubles du sommeil.
Si vous cochez plusieurs cases, il est temps de repenser votre rapport au temps. Et pour cela, nous pouvons nous inspirer des découvertes récentes en psychologie, notamment sur les bienfaits de l'ennui maîtrisé.
La peur de l’ennui nous pousse à nous surcharger
La professeure et chercheuse Sandi Mann, spécialiste de la psychologie de l’ennui, explique que l’ennui peut stimuler la créativité. Dans ses expériences, les participants qui s’ennuyaient produisaient des idées plus originales que les autres. Pourtant, notre société diabolise l’ennui. Nous le fuyons comme la peste, alors qu’il peut devenir un espace de ressourcement. Le problème, c’est que nous confondons ennui et vide existentiel. Or, l’ennui est simplement un signal : celui qu’il est temps de changer d’activité, ou de ne rien faire. Tout simplement.
Adopter la pleine conscience peut aider à apprivoiser ces moments. La pleine conscience consiste à porter attention à l’instant présent, sans jugement. Au lieu de chercher un écran pour vous distraire, essayez de respirer profondément pendant cinq minutes. Cet exercice simple réduit la production de cortisol, l’hormone du stress. Les pratiques zen, comme la méditation ou le yoga, vont dans le même sens. Elles nous apprennent à ralentir, à écouter notre corps, et à accepter de ne pas être constamment productifs. Ce n’est pas du temps perdu, c’est un investissement pour votre santé mentale.
Des stratégies concrètes pour alléger votre charge mentale
Arthur C. Brooks, dans son nouveau rôle de spécialiste du bonheur, propose plusieurs méthodes issues de la recherche. L’une d’elles consiste à créer une liste de tâches facultatives, plaisantes et créatives, mais qui ne sont pas urgentes. Pour lui, cela signifie noter des idées de livre dans un carnet. Dès qu’il a un moment de libre, il sort son carnet et note ce qui lui passe par la tête. Cela le conduit dans un état de fluidité, ce que le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi appelle le « flow », cette immersion totale dans une activité qui redonne de l’énergie.
Pour vous, cette liste peut contenir la lecture d’un chapitre, le dessin, la cuisine, ou même la sieste. L’important est que cette activité soit choisie, agréable, et sans enjeu de performance. Petit à petit, vous réapprendrez à apprécier les plages vides. Vous pourrez même les bloquer dans votre agenda comme des rendez-vous non négociables. C’est ce qu’a fait Brooks lorsqu’il dirigeait une grande entreprise : il réservait deux heures chaque matin pour son carnet. Résultat : son énergie et sa clarté mentale ont augmenté, au bénéfice de son travail.
La méthode des 20 % inspirée de Google
Vous connaissez peut-être la règle des 20 % chez Google. Les ingénieurs de l’entreprise peuvent consacrer un cinquième de leur temps de travail à des projets personnels. C’est de là que sont nés Gmail, Google Maps ou Google Earth. Cette liberté stimule l’innovation et la motivation. Et si nous appliquions ce principe à notre propre vie ? Bloquez un créneau dans votre semaine pour une activité qui vous passionne, sans lien avec vos obligations. Cela peut être un projet personnel, une association, ou simplement une activité créative. Vous verrez rapidement les bénéfices sur votre équilibre de vie.
Une autre technique, transmise par une spécialiste en productivité à Arthur C. Brooks, est radicale. Chaque soir, écrivez les 20 choses que vous pensez devoir faire le lendemain. Classez-les par ordre de priorité. Ensuite, prenez les 10 premières et classez-les selon votre envie de les faire. Enfin, prenez un crayon et barrez les 15 dernières. Il ne reste que cinq tâches. Cela paraît drastique, mais l’idée est simple : la plupart de nos obligations ne sont pas aussi urgentes qu’elles le paraissent. Les tâches barrées ne seront peut-être jamais faites, et personne ne s’en apercevra. En revanche, vous aurez consacré votre énergie à l’essentiel.
Bien sûr, il y a des limites. Certaines tâches ne peuvent pas être ignorées, comme un rendez-vous médical ou une échéance légale. Mais dans l’ensemble, cette méthode allège considérablement la pression. Elle force à questionner nos habitudes et à distinguer l’essentiel de l’accessoire. Et si vous hésitez à suivre ce conseil, demandez-vous combien de fois vous avez regretté d’avoir passé la journée à éteindre des incendies qui auraient pu attendre. C’est une expérience universelle qui nous pousse à repenser notre gestion du stress.
Ralentir pour une vie plus épanouie
Ralentir ne signifie pas devenir paresseux. C’est au contraire une manière de retrouver du sens dans ce que nous faisons. les recherches le confirment : les personnes qui savent s’accorder des pauses régulières sont plus productives et plus créatives. Elles sont aussi moins sujettes à l’épuisement professionnel. La slow life, ce mouvement né à la fin des années 1980, propose justement de privilégier la qualité à la quantité. Prendre le temps de savourer un repas, de marcher sans but, de discuter avec un proche : ces petits rituels nourrissent le bien-être. La détente devient alors une pratique, pas une simple absence de travail.
Il ne s’agit pas d’ajouter une nouvelle contrainte à votre liste, mais d’instaurer des plages de respiration. Une chose à la fois, sans culpabilité. Commencez par cinq minutes de respiration consciente le matin. Puis, une marche sans téléphone à midi. Le soir, éteignez les notifications une heure avant de dormir. Ces gestes réduisent le surmenage et améliorent la santé mentale. La vie épanouie n’est pas une destination lointaine. Elle se construit dans ces petits choix quotidiens qui nous rapprochent de ce qui compte vraiment.
Le surmenage, arrêtons de le subir
Est-ce que l'ennui est vraiment bon pour la créativité ?
Des expériences de la chercheuse Sandi Mann montrent que les personnes qui s'ennuient produisent des idées plus originales. L'ennui peut devenir un vrai espace de ressourcement.
Faut-il vraiment viser deux heures de temps libre par jour ?
Une étude de Pennsylvanie et UCLA situe le bien-être optimal autour de deux heures de liberté quotidienne. Moins que ça, le stress monte ; beaucoup plus, le sentiment d'inutilité pointe.
Comment savoir si je suis en surmenage ?
Plusieurs signes ne trompent pas : remplir chaque minute libre, culpabiliser dès qu'on s'assoit, être fatigué au réveil, avoir des maux de tête. Si ça colle, il est temps de revoir votre emploi du temps.
Ça vaut le coup de ralentir alors que tout le monde court ?
La course permanente a un coût sanitaire réel, rappellent l'OMS et l'OIT. Ralentir, c'est protéger votre santé et retrouver une vraie qualité de vie.
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Ancienne conseillère en insertion devenue rédactrice en chef, Lise écrit depuis quinze ans sur l’orientation, la formation et l’emploi. Elle privilégie les sources officielles, les témoignages de terrain et une langue claire.
8 commentaires
Prendre le temps de souffler, c’est ça le vrai luxe. Merci pour cet éclairage !
On devrait tous s’inspirer des repas du quartier. Ralentir et partager, la vraie recette !
Papa de deux enfants, je connais la course. Mais le dimanche, on coupe tout pour une rando.
Merci Lise pour cet article. Dans mon métier, je prône l’ennui créatif. Les enfants en ont besoin.
Merci Lise pour cet éclairage. Ralentir, c’est aussi se rendre plus disponible aux autres.
En tant que coordinatrice sociale, je vois les effets de la surcharge. Belle piste pour repenser nos priorités collectives. Bonne continuation Lise.
Et si on testait des ateliers pour apprendre à ne rien faire ? Dans mon métier, le temps vide est souvent créatif. Qu’en pensez-vous ?
Ralentir, c’est aussi un outil pédagogique. Dans nos accueils jeunesse, on voit bien que les activités libres font des merveilles.